Comment gère-t-on un double-niveau ?

Oups ! Tu ne sais pas comment accueillir cette nouvelle…C’est la panique ? Tu te dis double-niveau, c’est double travail, double stress, double fatigue…Je vois ton teint livide et ta mine déconfite. On va te guider un petit peu pour que ce nouveau challenge ne ressemble pas à l’ascension de l’Everest en pleine mousson et sans bouteilles d’oxygène…Tu vois ce que je veux dire ? Même si on est sûr que tu as de belles capacités vaut mieux commencer par une petite rando qu’un trek de l’extrême ! Alors, prêt à soulever des montagnes ?

Bon je me transforme en Sherpa pour te donner quelques directions…Histoire de ne pas te perdre dans un méandre de conseils glanés sur le net…

Quand tu as un double-niveau il y a des choses essentielles à mettre en place :

– Une organisation du temps aux petits oignons

– Une gestion parfaite de la classe

– Une alternance entre temps communs et temps séparés par niveau

– Une organisation spatiale réfléchie

1) L’organisation du temps

Quand tu prépares, écris tes 2 fiches (une pour chaque niveau) en parallèle pour qu’il n’y ait jamais 2 moments de découverte en même temps. Tu alternes avec les groupes en faisant bien attention à ce qu’il y ait un groupe en autonomie et l’autre avec toi. Tu peux aussi avoir 2 groupes en autonomie et un petit groupe d’élèves en remédiation avec toi. En tout cas, ces temps doivent être très structurés. Tu ne laisses pas un groupe en autonomie totale pendant 45 minutes. Tu fais plutôt une alternance de temps courts : par exemple 10 minutes pour lancer une activité ou expliquer quelque chose à un groupe pendant que les autres ont un petit exercice d’entrainement, puis 20 minutes de travail de découverte avec un groupe et l’autre en autonomie puis à nouveau 10 minutes de mise en commun avec les uns et 10 minutes d’autonomie pour les autres… Attention autonomie ne signifie pas abandon…Tu as le droit de jeter un coup d’œil sur ce qu’ils font ! Les moments communs sont également possibles.

Mais tout ça s’anticipe sinon ton ascension de l’Everest se transformera vite en film catastrophe !

2) Une gestion et une préparation de classe qui ne laissent rien au hasard

Pour pouvoir laisser un groupe en autonomie, et bien il faut que tes élèves soient capables d’être autonomes. L’autonomie ça s’apprend et surtout ça se met en place grâce à des gestes professionnels efficaces. Ça dépend beaucoup de toi, même si bien sûr il y a des enfants plus ou moins autonomes. L’objectif est de faire en sorte qu’ils soient tous le plus autonome possible. Pour cela, il y a plusieurs secrets :

– Explique-leur très précisément ce que tu attends d’eux en termes de comportement (fais une affiche avec eux pour écrire les règles de la classe). Il faudra un peu de temps pour qu’ils prennent les bonnes habitudes, même si ça ne fonctionne pas tout de suite, ne baisse pas les bras, rabâche les règles (et dis-toi bien que t’as pas fini de rabâcher !). Ils doivent absolument savoir ce qui est autorisé ou pas quand ils sont en autonomie.

– Assure-toi que le travail prévu en autonomie est adapté (ils peuvent le faire seuls sans difficulté, il est suffisant pour les occuper le temps nécessaire, ils savent quoi faire quand ils ont fini leur travail)

– Fais en sorte d’anticiper toutes les difficultés (rappelle-leur les outils d’aide qu’ils peuvent utiliser, nomme un « tuteur » pour les élèves un peu plus fragiles, prévois un travail différencié pour les plus faibles et les plus performants

– Donne une consigne ultra-explicite. Tu peux aller voir cette vidéo de Sylvie Cèbe : « Qui explicite ? » (https://centre-alain-savary.ens-lyon.fr/CAS/education-prioritaire/ressources/theme-1-perspectives-pedagogiques-et-educatives/realiser-un-enseignement-plus-explicite/enseigner-explicitement-pour-quoi-qui-quand-quoi-comment). Plus ta consigne sera claire et précise plus tu auras de chance d’avoir la paix avec ton groupe autonome. Et la paix avec ton groupe, c’est le Graal!

3) Temps communs ou séparés ? Ensemble ou pas ?

Tu n’oublies jamais que ce double-niveau, c’est avant tout une classe. Il faut que chaque élève, quelque soit son niveau, sente qu’il fait partie d’un même groupe. Alors pour cela tu proposes des moments communs (en adaptant les exigences et les objectifs):

– Des projets communs (avec des objectifs différenciés ou identiques selon les matières)

– Des moments d’interactions et d’échanges

– Des lectures (offertes ou exploitées avec des objectifs différents)

– Des entrées communes quand c’est possible

– Les activités artistiques (arts plastiques, poésie, chant…)

– L’EPS ou la motricité (avec des activités adaptées selon l’âge)

– Les langues vivantes

– L’EMC

Tu n’oublies jamais que les compétences à acquérir ne sont pas les mêmes, que les programmes sont différents et qu’on ne peut pas faire tout en commun. Réserve des moments très différenciés (avec ton organisation en 2 groupes en alternant les phases d’autonomie et les phases avec toi) :

– Une entrée commune nouvelle et une différenciation pour la suite (trace écrite et exercices différents) : repère ces notions communes et programme-les en même temps

– 2 activités totalement différentes (dans le même domaine ou sur 2 domaines différents : par exemple maths avec les uns et français avec les autres ou maths pour tout le monde mais sur 2 sujets différents)

– Une activité en découverte pour l’un des 2 groupes et en révision pour les autres pour le départ puis une différenciation.

4) Un espace bien pensé

– Ta classe doit être organisée en fonction de ton double-niveau. On doit pouvoir identifier les groupes (je te déconseille de les mélanger, c’est impossible à gérer). En maternelle pas de problème, tu installes tes ateliers en fonction des besoins.

– Tous les élèves voient le tableau sans difficulté. Tu affectes un tableau à chaque groupe si tu en as deux ou tu définies des zones. Tu réfléchis bien aux espaces pour les affichages qui doivent être facilement identifiables par les élèves.

Tu en veux encore ? Oui ? Voici des petits trucs supplémentaires pour t’aider :

-Fais ton emploi du temps en faisant apparaître les 2 niveaux côte à côte (tu peux mettre un code couleur), indique bien les différentes phases avec le timing et précise avec quel groupe tu es présent(e). Mettre les deux niveaux côte à côte te permet de vérifier que ton organisation tient la route

Prépare ton matériel à l’avance pour ne pas perdre de temps (au risque de tout décaler et de te retrouver avec des groupes qui n’alternent plus correctement)

– Les exercices doivent être déjà copiés au tableau ou sur une affiche qu’on installe le moment venu, la référence de l’exercice du manuel est affichée, une projection sur le TNI est prévue ou tu leur donnes une photocopie. Tu fais comme tu veux, pourvu qu’il n’y ait aucune perte de temps

– Prépare pour chaque élève un livret d’activités en autonomie (coloriages magiques, petites histoires à lire, quelques exercices d’entrainement, feuille blanche avec une consigne de dessin…) qu’il peut utiliser quand il a fini son travail

– Organise des coins dans ta classe pour les élèves qui ont fini leur travail : bibliothèque, coin écoute pour de la musique ou des histoires (avec casque), coin jeux silencieux (puzzles, cartes…), coin informatique (tablettes avec logiciels) …

– Place-toi toujours de façon à voir l’ensemble des élèves, ne tourne le dos à aucun groupe !

– Attention à ne privilégier aucun niveau, surtout si l’un des deux groupes est en sous-effectif.

– Pense cette classe comme une chance, avec la possibilité de faire interagir les enfants d’âges différents : vive le tutorat !

– Autorise-toi parfois à regrouper tes élèves en groupes de besoin et non de niveau (pour la lecture ou la production d’écrit par exemple), cela te permet de différencier de façon efficace

Alors tu respires mieux ? Prêt(e) pour l’Everest ?

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